Une adolescente, une famille, un père et une mère, une soeur morte.
Je suis une adolescente.
Mes parents me semblent assez riche, ils possèdent un grand bâtiment en verre, un centre d'affaires peut être, ou notre demeure.
Dans la journée, mes amis viennent et m'offrent un sac pour symboliser le deuil de ma soeur.
Pourquoi ce sac?
J'imagine un autre objet, un autre cadeau qui aurait pu définir ce que je ressentais.
Mais il n'y avait rien.
Elle ne pouvait pas être parti, comme ça.
Mes parents ne s'en remettaient pas.
Moi je pensais aux walkmans, à la musique, aux choses adolescentes.
Mes parents ont engagé une femme qui possède un don pour ressusciter les morts, entre autre ma soeur.
Je suis dans la voiture à la place du copilote.
J'ouvre et je pousse la boîte a gants avec mes chaussures.
Pendant ce temps là, la femme arrive et procède à ses rites devant le pare-choque.
J'ai du mal à visualiser cette scène.
Mes parents me hurlent dessus et me reprochent ma nonchalance.
Puis cette femme et l'impression de voir le corps de ma soeur contre la voiture, tassé dans le moteur.
Un accident d'un je ne sais pas, je ne comprends pas.
La femme essaie de la ramener.
Je sens les soubresauts du corps de ma soeur, sa respiration suffocante, ses membres décharnés.
Elle essaie de revenir, de revenir et d'assembler les morceaux de sa chair, de retrouver un souffle, de démarrer un coeur, de grincer des dents, d'aspirer la salive et d'hurler la fureur de vivre.
Mais cette fois-ci, elle n'y arrivera pas.
La femme nous demande plus de temps.
Nous quittons la voiture, les heures passent et se dépassent jusqu'à la nuit
Mes parents ne sont pas là cette nuit, comme de nombreuses nuits, ce qui ne m'empêche pas d'avoir cette peur qui me hante, toujours.
Je visualise un enfant dans son berceau se retrouvant seul, dans le noir, au milieu d'une pièce effrayante de 10m2.
C'est un peu la même image sauf que je suis une grande personne perdue dans le noir au centre d'une immense tour de verre.
Le verre, cette matière aseptisée qui me pourrit de l'intérieur, trop lisse, trop tranchante.
Je remarque l'arroseur du jardin en route, ils ont oublié de l'éteindre et les pièces commencent à s'inonder.
Des dizaines d'employés de mes parents repoussent l'eau à grands coups de balais.
Je n'aime pas les possibles catastrophes aquatiques.
Il faut que je trouve un moyen rapide de couper l'eau.
Le système est compliqué, il y a des tableaux de bords verrouillés, pleins de prises et de boutons de
toutes les couleurs.
Il faut faire vite.
Je demande alors à un ouvrier, qui passe par ici, de m'aider.
C'est un gros macho suintant le bleu de travail et la rouille.
Il m'explique que je dois essuyer tous les tuyaux des sorties d'eau de la propriété afin que le jet s'arrête, mais n'étant qu'une fille, je ne dois pas savoir procéder à ces choses là.
Je lui ris au nez en lui déblatérant quelques mots grinçants et je m'adonne à la tâche.
Je méprise cet homme qui n'apporta à sa force virile que stupidité.
Je rentre enfin chez moi, dans ma chambre.
Je ne peux pas la décrire, elle n'a pas de surface, pas de forme, pas de contenance.
Il y a moi, une table, un téléphone et une liste de livres, une dizaine.
Le téléphone sonne, la femme.
Cet appel me semble effrayant, j'ai toujours peur d'un dénouement.
Raccrocher.
La femme a tout compris.
Elle parle avec ma soeur, c'est définitivement cette nuit que tout se passera.
Il faut que je lui avoue quelque chose.
Ma soeur lui confie l'existence d' un objet, un livre.
Un livre qui nous a traumatisé et c'est à moi de le nommer pour la libérer.
Je regarde la liste, le lien entre le téléphone et la liste.
Je me surprends à lui répondre immédiatement et avant d'élucider quoique ce soit en dehors de la prononciation de ce roman de gare, je me rappelle le vomi, la gerbe, de cette souffrance qui s'échappe soudain, de ma soeur morte et de mon réveil...